Le Grand Tétras (Tetrao urogallus major)

Menaces potentielles

Perte et dégradation des habitats

La perte et la dégradation des habitats sont considérées comme la cause majeure de la diminution des effectifs de grand tétras sur l’ensemble de son aire de distribution (Storch, 2007 ; Leclercq & Ménoni, 1999).
Différents types de modification de son habitat peuvent constituer des menaces pour le Grand tétras, que ce soit à l’échelle du peuplement forestier (changements de la structure de son milieu) ou à l’échelle du paysage (Landmann, 1983 ; Leclercq, 1987 ; Klaus et al., 1989 ; Rolstad & Wegge, 1989 ; Rolstad, 1991 ; Labigand & Munier , 1989) :

  • Rajeunissement des peuplements autrefois favorables au Grand tétras ;
  •  Fermeture du peuplement avec étouffement du sous bois : liée au déclin du pâturage en forêt et à l’évolution des pratiques sylvicoles (plantations à forte densité dans les Pyrénées, abandon de l’exploitation des taillis de hêtres dans le Jura ; LeclercQ, 1987) ;
  •  Diminution de la strate sous-arbustive (plantes herbacées et ligneuses dont la myrtille en particulier sur sol acide) et donc de la diminution de la ressource alimentaire et du couvert protecteur, liée localement à des surdensités de cerf, ou à des pratiques de gyrobroyage ou d’écobuage. Le pâturage par les grands herbivores (sauvages ou domestiques), à des densités plus faibles, est cependant favorable en freinant la fermeture du milieu par la strate arbustive, en particulier sur sols riches ;- coupes à blanc suivies de plantations monospécifiques d’essences de substitution (épicéa, douglas…), comme cela a été le cas dans certains secteurs des Vosges ;
  •  Gestion en futaie régulière par grandes parcelles : seul le stade des coupes de régénération, avant la coupe définitive, peut constituer un habitat favorable au Grand tétras ;
  •  Implantation des domaines skiables (routes d’accès, bâtiments, pistes, remontées mécaniques, dispositifs de déclenchement des avalanches) dans les habitats favorables au Grand tétras.

Ces diverses modifications de l’habitat ont pour conséquences de morceler les populations et de les isoler (Rolstad & Wegge, 1989 ; Rolstad, 1991 ; Ménoni et al., 1997 ; Storch, 1997), situation d’autant plus préjudiciable que les effectifs de l’espèce sont faibles. Les petites populations (inférieures à 100 individus) présentent alors une forte probabilité d’extinction du fait d’évènements aléatoires ou de perte de variabilité génétique.
Par ailleurs, dans ce contexte, la sensibilité de l’espèce à la prédation devient un facteur aggravant. Par exemple, l’augmentation des effectifs de sanglier dans les forêts de montagne est devenue une cause non négligeable de prédation sur les nids des gallinacés forestiers (Klaus & Bergmann, 1994 ; Saniga, 2002).


Dérangement

Le dérangement par les activités touristiques et de loisirs, en particulier en période hivernale et printanière, est considéré comme une seconde cause sérieuse de diminution des effectifs de Grand tétras (Storch, 2007 ; Leclercq & Ménoni, 1999).
L’ouverture de nouveaux accès touristiques, pastoraux ou forestiers, permet aux personnes (promeneurs à pied, en VTT ou en raquettes à neige, chasseurs, etc…) de s’aventurer dans des lieux auparavant peu fréquentés.
Le dérangement occasionné par la chasse photographique mal pratiquée ou excessive, sur les places de chant constitue également une menace importante.


Chasse

La chasse peut localement avoir un impact direct sur le déclin du Grand tétras (Ménoni, 2003), mais aussi indirect quand elle abaisse l’effectif à un niveau bas qui augmente sa sensibilité à d’autres menaces.
La chasse des mâles dominants, davantage recherchés par les chasseurs pour les trophées, peut être à l’origine d’une désorganisation dans la reproduction du Grand tétras, et d’une baisse de la survie des adultes.
La comparaison des densités entre le Haut-Pallars (Catalogne) avec la région Capcir-Cerdagne et le Luchonnais (Haute-Garonne) faisait apparaître des différences entre le versant français (entre 2,9 et 3,2 coqs/100 hectares) et le versant espagnol (9 coqs/100 hectares) où l’espèce est totalement protégée (ONC, 1989). Il n’est cependant pas certain que le statut de l’espèce dans ces deux territoires soit seul à l’origine de ces différences de densité.
  Même lorsqu’elle ne s’exerce pas directement sur le Grand tétras, la chasse (et plus particulièrement en battue) occasionne des dérangements importants.


Braconnage

Le braconnage est également à signaler, notamment car la vente de trophée est lucrative. Lors de la chasse d’autres espèces en automne et début d’hiver, le tir illégal de coqs et de poules est une pratique localement courante dans les Pyrénées (MÉNONI, 1994 ; NOVOA, comm. pers.), ce qui a une influence néfaste sur les populations concernées.


Autres menaces

D’autres menaces peuvent également avoir un impact sur le Grand tétras :
-          la mise en place de clôtures et grillages forestiers (pour la protection de la régénération de parcelles, notamment en futaie régulière), les câbles de débardage ou de remontées mécaniques ainsi que certaines lignes électriques peuvent provoquer la mort de certains individus par collision en vol ;
-          localement, la fermeture des pâturages sur les piémonts pyrénéens conduit à une montée précoce des troupeaux ovins en altitude, dans les zones de reproduction du Grand tétras où leur passage peut provoquer un piétinement des nids.

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