Présentation du Grand Tétras

Le plus gros gallinacé d'Europe

Le Grand Tétras

Description de l’espèce   

Le Grand tétras est le plus grand galliforme européen, au dimorphisme sexuel très marqué. Deux sous-espèces habitent la France : Tetrao urogallus major dans les montagnes de l’Est du pays (Vosges, Jura et Alpes du Nord), et Tetrao urogallus aquitanicus dans les Pyrénées. Cette dernière population est génétiquement différente des populations alpines et scandinaves (DURIEZ et al., 2007).
 
La sous-espèce major est la plus grande. Le plumage des coqs est d’aspect général très sombre. Le cou et le plastron sont noirâtres. Ce dernier présente des reflets métalliques verts ou bleu-violet. La tête, de teinte similaire, affiche une petite barbe noire et des caroncules rouges. Le bec est blanc-crème, toujours très clair. Les ailes, courtes et arrondies, sont dominées par le brun-marron et le brun-roux. Repliées, elles présentent à leur partie antérieure une tache blanche arrondie d’environ 5 cm de diamètre. Les rectrices sont brun-noir, ornées de taches blanchâtres au tiers supérieur de leur longueur. Dressées, elles forment un éventail caractéristique de l’espèce lors des parades nuptiales. Les sus-caudales sont brun sombre et frangées de blanc ou de gris. Les sous-caudales brunâtres sont parfois tachetées d’un blanc sale.
Les poules sont plus petites et plus légères que les coqs. Leur plumage est dominé par le roux, uniforme pour le plastron et barré transversalement de noir et de blanc pour le thorax, le ventre, les flancs, les cuisses et la queue. Le dos, les couvertures supérieures des ailes et les sus-caudales sont brun-noir parsemé de roux et de blanc.
Longueur totale du corps : 86 à 110 cm (coqs), 55 à 70 cm (poule). Poids : 2.5 à 6 kg (coqs), 1.5 à 2.2 kg (poule).
 
La sous-espèce aquitanicus est plus petite et moins lourde que major. Dans l’ensemble, le plumage du coq est plus contrasté et les marques blanchâtres sont plus présentes et plus étendues que son homologue major. La poule diffère essentiellement de la sous-espèce major par sa teinte générale plus sombre et moins dominée par le roux.
Longueur totale du corps : 81 à 94 cm (coqs), 58 à 62 cm (poule). Poids : 2.6 à 4.2 kg (coqs), 1.2 à 2 kg (poule).
 
Le plumage juvénile, atteint à l’âge de 4 semaines, est à dominante brun-roux strié de blanc. A 8 semaines, la mue post-juvénile est en cours et il devient possible de distinguer le plumage des coqs (gris-noir) de celui des poules (à dominante brune). En livrée adulte, la queue des jeunes coqs est plus courte que celle des adultes. De plus, les rectrices du jeune coq présentent une extrémité arrondie, très souvent ornée d’un liseré blanc, alors que celles de l’adulte se terminent de façon rectiligne et ne comportent jamais de liseré blanc.
 
Les émissions sonores du grand tétras (chant chez le coq et caquètements chez la poule) ne sont détectables qu’au printemps, lors des parades nuptiales. Le chant du mâle est une strophe qui dure de 6 à 8 secondes et se répète à l’identique, entrecoupée de sauts et de claquements d’ailes (Tous les oiseaux d’Europe, J-C. ROCHE, CD 2/plage 4).
 
Difficultés d’identification (similitudes)
 
Le Grand tétras mâle ne peut être confondu avec aucune autre espèce. La femelle est plus grande que celle du Tétras-lyre et sa teinte générale plus rousse. Les deux espèces ne fréquentent pas les mêmes habitats, le tétras-lyre étant beaucoup moins forestier que le Grand tétras. 
 
Biologie  Ecologie 

Au printemps, les parades se déroulent en divers lieux (tourbière, clairière, lisière supérieure de la forêt), toujours situés au centre des meilleurs secteurs d’hivernage des coqs et de nidification des poules. Celles-ci recherchent l’abri d’un arbre bas branchu, d’un buisson ou d’un rocher pour aménager leur nid. Les taches de myrtille ou de rhododendron, les jeunes sapins et les lieux rapidement déneigés où la repousse de la végétation est précoce sont les sites de nidification les plus prisés. En été, les poules suitées occupent les milieux comportant une strate herbacée assez dense et haute de 30 à 80 cm, riche en insectes, qui n’existe généralement que dans les peuplements forestiers assez clairs. En hiver, dès que la neige recouvre le sol, le Grand tétras vit dans les arbres (pin sylvestre, pin à crochets ou sapin pour se nourrir, hêtre ou érable par exemple pour se reposer et passer la nuit), dans des peuplements clairs à très clairs. Les positions topographiques dominantes sont préférées pour des raisons de sécurité.
 
Comportements 

Le Grand tétras est actif surtout en début et en fin de journée. A l’aube, il quitte son perchoir pour se mettre en quête de nourriture. Rassasié, il passe le reste du jour tapi dans les hautes herbes ou les buissons, sous les branches basses d’un arbre ou à nouveau perché, suivant la saison. Cette longue période de repos, voire d’immobilité complète, est souvent entrecoupée de brèves périodes d’activité consacrées à l’alimentation et aux bains de poussière.
Contrairement aux adultes, les poussins se nourrissent presque toute la journée, soit près de 16 heures en juillet, et ne s’interrompent que quelques fois pour se reposer et se réchauffer sous leur mère. Par mauvais temps, ils peuvent demeurer longtemps sous la poule au lieu de s’alimenter. Une mortalité importante est alors possible.
Pour accomplir son cycle annuel, le grand tétras utilise un domaine vital d’environ 100 ha (variable en fonction de la qualité de l’habitat). L’utilisation de l’habitat varie tout au long du cycle biologique annuel. Les oiseaux adoptent un comportement territorial et une alimentation spécifiques à la saison et recherchent dans leur propre domaine vital tous les types d’habitats aptes à satisfaire leurs besoins du moment.
Une petite partie de ce domaine, empiétant sur la place de chant, est défendue par le coq adulte pendant la période de reproduction. Celui-ci est fidèle à une place de chant durant toute son existence. Les mâles immatures et subadultes se répartissent en périphérie, sur les espaces laissés vacants par leurs aînés. Les poules sont aussi fidèles à une arène et à leur territoire de nidification, situé à proximité.
Les domaines vitaux ou territoires de plusieurs mâles sont disposés de façon rayonnante autour de places de chant. Dès la fin février et jusqu’à la mi-juin, les mâles se regroupent sur des arènes constituées par les différentes places de chant, pour parader. De 2 à 30 mâles peuvent ainsi se trouver réunis sur quelques ares ou hectares, chacun défendant une portion de l’arène. Des mâles peuvent parader de manière isolée à l’écart de ces arènes.
En pleine saison de reproduction, les mâles commencent à chanter une heure avant le lever du soleil et peuvent rester sur l’arène durant une à huit heures selon les conditions atmosphériques, le nombre de congénères, la présence ou l’absence de poules (Catusse, 1988).
Les femelles visitent les places de chant uniquement pour s’accoupler, principalement en avril dans les Vosges et le Jura et en mai dans les Pyrénées. En théorie, une femelle visite plusieurs arènes et s’accouple avec le mâle dominant de l’une d’elles, ce qui fait qu’au final les quelques mâles dominants des arènes assurent la grande majorité des accouplements donc de la descendance.
Les potentialités du milieu déterminent largement le nombre d’arènes dans un site donné : 250 à 1 000 ha d’habitats favorables sont nécessaires pour constituer les domaines vitaux des mâles d’une arène (STORCH, 1995b). Si l’espace occupé est assez vaste (10 000 à 50 000 ha suivant la qualité des biotopes), la population d’un massif forestier est constituée de plusieurs arènes autonomes qui communiquent entre elles. Les connexions entre les différentes arènes sont primordiales pour permettre des échanges génétiques et favoriser la pérennité des populations, en permettant notamment aux femelles de sélectionner le mâle avec lequel elles vont s’accoupler. Une poule issue d'un mâle d'une arène ira en effet préférentiellement sur une autre arène pour y rechercher un mâle, assurant un brassage génétique. Ce brassage est impossible en cas de déconnexion des différents territoires, ce qui fragilise les populations à terme, même si chaque territoire semble abriter une population viable.
Les mêmes places de chant sont occupées chaque année, parfois depuis très longtemps et de manière traditionnelle, mais des perturbations de la physionomie des arènes peuvent entraîner leur abandon, ce qui explique l’importance de les préserver.
De la fin des parades au début de l’automne, les coqs vivent seuls ou en petits groupes à l’écart des poules et des nichées. Ils retournent souvent sur leur lieu de naissance, parfois situé à plusieurs kilomètres de la place de chant. Les poules suitées restent tout l’été aux alentours du nid, alors que les autres vivent en petits groupes lâches et instables. Dès que les jeunes sont autonomes, les femelles se dispersent, généralement plus loin que les mâles, et peuvent s’établir à plusieurs kilomètres de leur lieu de naissance.
Vers la fin novembre, les oiseaux gagnent leur zone d’hivernage. Les coqs y vivent généralement seuls contrairement aux poules qui passent la mauvaise saison en petits groupes. A cette époque, les oiseaux passent plus de 80% de leur temps dans les arbres et économisent l’énergie en limitant leurs déplacements sur des espaces réduits (2 à 3 ha).
Ainsi, et bien que l’espace occupé par le couple à proprement parler soit relativement réduit, la stratégie de reproduction du Grand tétras et son mode de vie impliquent la nécessité de grands territoires forestiers présentant les caractéristiques indiquées et non fractionnés pour assurer la survie des populations.
 
Reproduction et dynamique de population 

Le Grand tétras est une espèce polygame. La maturité sexuelle est acquise à l’âge d’un an pour les deux sexes, mais l’agressivité et la dominance de leurs aînés empêchent la plupart des jeunes coqs de s’accoupler avant l’âge de 2 à 4 ans.
Le nid, généralement installé à distance des places de chant, est aménagé à même le sol. Il s’agit d’une simple cuvette tapissée de brindilles, d’aiguilles de conifères, de feuilles et de quelques plumes. Quelques jours après l’accouplement, la poule y dépose en moyenne 6 ou 7 œufs, de teinte crème jaunâtre avec quelques taches brun marron, au rythme d’un œuf toutes les 36 heures environ. En cas de destruction de nid, la poule peut procéder à une ponte de remplacement. Une fois le dernier œuf pondu, la femelle couve pendant 27 jours. Elle quitte brièvement le nid une à cinq fois par jour pour s’alimenter, se poudrer, et évacuer son étron de couvaison. Les éclosions s’échelonnent approximativement sur cinq semaines, généralement entre le 10 et le 20 juin dans les Vosges et le Jura et entre le 5 et le 15 juillet dans les Pyrénées. Les poussins sont nidifuges et sont élevés par la poule seule. A l’âge de 8 à 14 semaines, les jeunes, devenus autonomes, sont alors très mobiles et se déplacent sur des étendues importantes (plusieurs centaines d’hectares).
Comparativement à celle des autres galliformes sauvages européens, la démographie des populations de grand tétras est caractérisée par une meilleure survie des adultes et un succès de reproduction plus faible. Le rapport des sexes, équilibré à l’éclosion, est légèrement en faveur des femelles chez les jeunes en raison d’une mortalité plus élevée des poussins mâles dont les besoins énergétiques sont supérieurs. Il tend à se rééquilibrer chez les adultes du fait d’une survie des coqs plus élevée. Les nids peuvent être détruits par divers prédateurs ou perdus à la suite de leur abandon en raison de fortes précipitations ou de dérangements. Les causes de mortalité des poussins sont notamment la prédation et les intempéries. Seulement 20 à 25% d’entre eux parviennent à l’âge de 6 mois et 10 à 20% à celui d’un an.
L’espérance de vie d’un coq est de 15 à 20 ans en nature, un peu moins chez la poule. Mais tous les individus ne parviennent pas à ces âges. Le taux de survie annuel des adultes est de 70 à 90% chez les mâles et 60 à 80% chez les femelles (Leclercq, 1987 ; Ménoni, 1991).
 
Régime alimentaire 

Le grand tétras se nourrit essentiellement de végétaux. Son régime alimentaire varie au fil des saisons (Jacob, 1987). De novembre à avril, il est presque uniquement constitué d’aiguilles de conifères (pin sylvestre Pinus sylvestris, pin à crochets Pinus uncinata, sapin Abies alba, genévrier Juniperus communis) que l’oiseau peut assimiler grâce au développement remarquable de ses caeca, ramifications du tube digestif abritant une faune bactérienne capable de transformer la cellulose. En avril et en mai, l’augmentation des besoins énergétiques due aux activités de reproduction conduit l’espèce à rechercher des aliments riches en protéines. Il consomme alors des bourgeons de hêtre et de myrtille, des chatons de saule et de bouleau, des inflorescences et des pousses de plantes herbacées. Son régime alimentaire se diversifie de juin à septembre avec la consommation d’environ 150 plantes herbacées différentes puis, à mesure de leur disponibilité, de myrtilles, de framboises et de sorbes. Cette nourriture riche lui fournit l’énergie nécessaire à la mue. L’alimentation automnale est transitoire vers le régime hivernal.
Jusqu’à l’âge de 4 semaines, les poussins consomment principalement de petits invertébrés et peu de végétaux. La forte proportion de tissus animaux leur fournit l’apport en protéines très digestibles nécessaire à leur croissance. La quantité de nourriture animale ingérée décroît progressivement jusqu’à l’âge de 10 ou 11 semaines puis le régime automnal des jeunes se rapproche de celui des adultes.

® Groupe Tetras Vosges - Mentions légales - Webmaster - Crédits - Conception 2exVia avec MasterEdit®