Articles : Que va devenir le Grand Tétras ?

Quel avenir pour le Grand Tétras dans le Massif Vosgien ?

Le Grand Tétras, un oiseau caractéristique des vieilles forêts résineuse

 
 
 
    Le Grand Tétras ou coq de bruyère est un oiseau de grande taille qui vit dans les vieilles forêts claires de conifères possédant une strate herbacée bien développée. La présence de myrtilles est fondamentale pour la nourriture et l’abri de l’oiseau.
Deux sous-espèces existent en France : Tetrao urogallus major (Vosges et Jura) et Tetrao urogallus aquitanicus (Pyrénées).
Le Grand Tétras est une espèce protégée dans l’Est de la France. Elle figure par ailleurs dans la charte du Parc naturel régional des Ballons des Vosges comme espèce indicatrice d’un milieu forestier à haute valeur biologique.
Il s’agit en effet d’une espèce « parapluie » c’est-à-dire une espèce qui possède diverses exigences écologiques et qui a besoin de grands espaces. Sa protection est donc aussi utile à de nombreuses autres espèces d’oiseaux qui partagent le même habitat mais qui ne nécessitent pas toutes autant d’espace (Gélinotte des bois, Chouette de Tengmalm, Pic Noir, Chevêchette d’Europe), ainsi qu’à de nombreuses espèces d’amphibiens, d’insectes…
 
Le Groupe Tétras Vosges (GTV), une association multipartenariale pour assurer le suivi scientifique et la sauvegarde du Grand Tétras et de ses habitats
 
    Depuis 1979, le Groupe Tétras Vosges (qui s’est constitué en « Association pour la sauvegarde des Tétraonidés dans le massif vosgien » en 1990), assure le suivi des populations de tétraonidés - Grand Tétras et Gélinotte des bois - sur l’ensemble du massif vosgien (3 régions, 7 départements). Le suivi des effectifs et des habitats fait l’objet de rapports annuels détaillés diffusés aux partenaires.
Le GTV est un « groupe expert » multipartenarial qui est administré par un collège de 8 membres de droit (Conseil Général du Haut-Rhin, Conseil Général des Vosges, Office National des Forêts, Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, Conservatoire des Sites Alsaciens, Conservatoire des Sites Lorrains, Parc naturel régional des Ballons des Vosges, Ligue pour la Protection des Oiseaux) et 8 membres individuels.
 
La Directive Tétras de l’Office National des Forêts (ONF), un outil de gestion en faveur du Grand Tétras
 
    Depuis 1980, une directive précise aux forestiers les mesures favorables à la conservation du Grand Tétras, et donne en particulier les recommandations pour conserver les habitats et créer les structures forestières adéquates. Elle s’appuie sur une cartographie fine, distinguant des zones d’action où elle doit s’appliquer. Elle vise à protéger l’ensemble des habitats favorables à l’espèce sur le massif vosgien et devrait être mise en œuvre si possible sur des zones étendues, tout particulièrement dans les forêts publiques.
 
 
Une régression continue des effectifs dans le massif vosgien
 
    Le Grand Tétras, symbole des forêts de montagne, est menacé d’extinction dans le massif vosgien. Ses effectifs sont en constante diminution.
Alors que le nombre de coqs était estimé à plus de 1.100 en 1939, il n’était plus que de 170 environ en 1989, 95 en 1999 et 50 en 2002.
La situation du Grand Tétras est désormais alarmante dans le massif vosgien avec une diminution des effectifs de plus de 70% en moins de 15 ans !
En 1989, alors déjà très fragmentée, l’aire de présence régulière était estimée à 25.000 ha (à peine 6% des forêts du massif).
En 1999, il ne reste qu’une aire de répartition évaluée à 12.800 ha, morcelée et composée de zones de faibles étendues. Depuis elle n’a cessé de se contracter.

   Une régression de l’espèce due à des causes multiples mais dont la première est la disparition progressive d’un habitat de qualité
 
    Toutes les études menées sur le Grand Tétras, tant en France qu’à l’étranger, montrent que l’évolution de la qualité des habitats est le facteur principal pour expliquer les variations d’effectifs de l’espèce à moyen ou long terme. La qualité de l’habitat s’apprécie selon deux composantes. La première correspond aux caractéristiques du milieu forestier principalement façonné par la gestion forestière, la deuxième est liée au dérangement, conséquence d’une fréquentation humaine excessive.
 
La gestion forestière directement impliquée dans la qualité de l’habitat par la régression des vieilles forêts …

    Le Grand Tétras est un oiseau inféodé aux peuplements âgés, dont la structure généralement entr’ouverte et diversifiée est de loin la plus favorable à l’espèce. Dans les Vosges, un travail réalisé en 1997 par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage et le Centre d’Etudes du Machinisme Agricole du Génie Rural  des Eaux et Forêts sur demande du Groupe Tétras Vosges, a étudié la relation entre l’âge estimé des peuplements forestiers et l’aire de présence régulière du coq de bruyère. Les résultats sont très démonstratifs. Dans la sapinière vosgienne, les peuplements ouverts âgés de plus de 120 ans sont les plus favorables au coq de bruyère. Les stades de jeunes forêts (fourrés, perchis) sont défavorables, en raison de leur trop grande fermeture (myrtille et perchoirs absents).
En évolution libre, la sapinière se renouvelle suivant un rythme très lent, de l’ordre de 300 ans. Dans ce cycle, les stades jeunes ne couvrent qu’un très faible pourcentage de la surface; plus de la moitié de la forêt est occupée par des peuplements sénescents dont la structure est très favorable au Grand Tétras. Cette phase de sénescence a totalement disparu de la forêt cultivée et, aujourd’hui, le Grand Tétras ne subsiste plus que là où la régénération de la forêt est difficile.
La gestion passée et récente des forêts de montagne est donc considérée comme la principale cause responsable de la régression du Grand Tétras dans les Vosges par le processus de rajeunissement massif des peuplements entrepris depuis une trentaine d’années.
 
 … et dans le dérangement par les multiples exploitations
 
    Le développement généralisé du réseau de desserte forestière induit d’une part une fragmentation de l’habitat et favorise d’autre part une pénétration humaine massive dans toutes les forêts de montagne du massif vosgien.
De même, la pratique annuelle de récolte des chablis peut être une source de perturbation supplémentaire.
Par ailleurs, la tempête de 1999 jugée au départ comme une « chance pour le coq » par l’ouverture des peuplements qu’elle a créée, s’est révélée particulièrement dommageable par les exploitations quasi systématiques réalisées dans les deux années qui ont suivi. Elle aurait dû constituer une bonne opportunité pour appliquer concrètement des mesures essentielles de la directive Tétras (respect des parquets d’attente correspondant à des zones de tranquillité, fermeture et/ou détournement de sentier et de desserte par maintien d’obstacles naturels).
 
L’aménagement touristique du massif vosgien, en extension continue, impliqué dans un dérangement croissant même dans les zones refuges
 
    Le développement tout azimut du tourisme sur le massif vosgien est la deuxième cause de régression. Il s’agit d’un facteur aggravant très important pour des populations fragmentées dans des habitats de mauvaise qualité. Durant l’hiver et la période de reproduction, le dérangement répété entraîne l’abandon des zones favorables. La multiplication des dessertes forestières n’a fait qu’accroître l’accessibilité aux derniers refuges de l’espèce. Le développement de nouvelles pratiques sportives comme la raquette à neige ou le scooter des neiges en période hivernale constitue de graves menaces en créant des dérangements préjudiciables à la survie des oiseaux, si elles sont réalisées sans précaution. Il en est de même en été, en ce qui concerne le développement de certaines activités sportives (moto verte, quad, course d’orientation, …).
 
Une certaine gestion cynégétique favorisant les grands mammifères (sangliers notamment) contribue à la diminution des effectifs et des habitats
 
    Le nourrissage à des fins cynégétiques des populations de sangliers dans les forêts de montagne a favorisé l’augmentation des populations de ce gibier. Cette situation induit un dérangement supplémentaire du Grand Tétras pouvant aboutir à des cas de prédation sur les nichées.
Les surdensités locales de grands cervidés limitent la présence de la myrtille, indispensable à la survie du Grand Tétras et entravent la mise en œuvre de mesures sylvicoles favorables à l’espèce.
 
 
Une gestion globale impliquant tous les acteurs du massif vosgien est à mettre en œuvre rapidement…
 
La situation est plus que préoccupante et nécessite des mesures immédiates drastiques, engageant tous les acteurs, pour espérer sauver l’espèce.  

…pour préserver l’espèce
 
    A court terme, il faut impérativement limiter le dérangement dans toutes les zones de présence avérées du Grand Tétras par des mesures appropriées impliquant les propriétaires et les gestionnaires des forêts (gel des coupes durant quelques années) et les autres acteurs (chasseurs, promeneurs, sportifs hivernaux, …). Une organisation différente et raisonnée (exemple de la Forêt-Noire) des pratiques récréatives et sportives sur le massif vosgien est aussi indispensable.
En matière cynégétique, l’abandon de l’agrainage au-dessus de 800 m (comme en Forêt-Noire) est une nécessité.
 
…pour préserver et améliorer les habitats
 
    Il faut parallèlement œuvrer pour préserver et améliorer les habitats par une application stricte de la directive Tétras dans sa totalité et à une échelle correspondant aux exigences écologiques de l’espèce.
 
    Ces mesures ne pourront être appliquées sans une réelle volonté politique (Etat, collectivités territoriales et locales, gestionnaires, propriétaires forestiers,…) de sauver le Grand Tétras.

Et demain ?
 
    Cela fait plus de 30 ans que le Grand Tétras régresse et depuis sa création le GTV n’a cessé d’alerter les décideurs et les gestionnaires concernés.

        Pour quels résultats à ce jour ?

    Les mesures prises sur le terrain sont très en dessous de ce qui aurait dû et qui devrait être réalisé par tous pour conserver cette espèce emblématique des Vosges. Il faut ménager l’espace naturel forestier tout en préservant son intérêt économique ; les forêts centenaires sont rentables et stables. Elles sont le siège de phénomènes biologiques indispensables au fonctionnement durable des forêts de montagne. Ce sont également des forêts accueillantes pour la faune et pittoresques pour les usagers de la forêt.

    Le Grand Tétras fait partie de notre patrimoine naturel au même titre que n’importe quelle cathédrale appartient à notre patrimoine culturel.

    Quelles forêts de montagne lèguerons-nous à nos enfants ?

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